Washington, DC:
Le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu
les consultations au titre de l’article IV avec la Côte d’Ivoire et approuvé sans réunion,
l’évaluation des services du FMI selon la procédure de défaut d’opposition.
[1]
À la faveur d'une grande stabilité macroéconomique, la Côte d’Ivoire s’est
montrée résiliente face à la pandémie de la COVID‑19, grâce aux politiques
efficaces mises en place par les autorités pour y répondre. Le nombre de décès liés à la COVID-19 y reste
faible si on le compare aux chiffres du reste du monde. La campagne de
vaccination se poursuit et environ 70 % de la population visée a déjà reçu
une première dose.
L’économie s’est fortement redressée en 2021
avec une croissance estimée à 7 % (contre 2 % en 2020), tandis que
l’inflation annuelle s'est hissée à 4,2 % en raison des chocs externes et
de l’offre. Le déficit budgétaire global a atteint 5,1 % du PIB (ce qui est
inférieur aux prévisions), principalement en raison des améliorations
observées dans le recouvrement des recettes douanières et dans
l’administration fiscale, qui ont compensé l’augmentation des dépenses de
sécurité.
La détérioration de l’environnement extérieur due à la guerre en Ukraine et
les défis liés à la sécurité dans la région devraient peser sur les
perspectives macroéconomiques en 2022. Les services du FMI estiment que la
croissance devrait ralentir et s’établir à 6 % cette année en raison de
l’atonie de la demande mondiale, de la détérioration des termes de
l’échange et d'une incertitude accrue, tandis que l’inflation devrait
encore augmenter pour atteindre environ 5½ %. Les autorités ivoiriennes ont
mis en œuvre plusieurs mesures temporaires pour contenir les effets de la
guerre en Ukraine, comme le plafonnement du prix de plusieurs produits
alimentaires.
Cependant,
la situation à court terme est caractérisée par des risques baissiers
découlant principalement des répercussions mondiales de la guerre en
Ukraine, du resserrement de la politique monétaire dans les pays avancés et
de l’augmentation du coût d’emprunt qui l’accompagne, ainsi que de
l’émergence de nouveaux variants de la COVID‑19 et de l’instabilité
persistante dans certains pays voisins. Les perspectives de croissance à
moyen terme restent robustes avec la Côte d’Ivoire bénéficiant également de
risques haussiers, notamment la découverte d’importantes réserves de
pétrole et de gaz. La mise en œuvre rigoureuse des réformes prévues dans le
cadre du plan national de développement (PND) 2021–25 permettrait de
stimuler la croissance à moyen terme.
Évaluation par le conseil d’administration
[2]
La mise en œuvre rapide de politiques bien conçues, étayée par l’adoption
de politiques macroéconomiques pertinentes au cours de la dernière
décennie, a contribué à limiter le coût économique de la pandémie de
COVID‑19 en Côte d’Ivoire. La guerre en Ukraine a néanmoins affecté les
perspectives du pays. Les mesures récemment prises pour contenir les effets
de ce conflit sur l’inflation et l’économie devraient rester temporaires et
cibler davantage les populations les plus vulnérables si la situation
devait se prolonger. Les autorités doivent trouver un juste équilibre entre
couvrir leurs dépenses prioritaires (avec notamment une hausse des dépenses
de sécurité) et préserver une marge de manœuvre budgétaire suffisante pour
faire face aux chocs futurs.
Les circonstances actuelles pourraient justifier un déficit budgétaire
légèrement plus élevé que celui prévu au budget cette année. Toutefois, il
est encore possible pour la Côte d’Ivoire de converger vers l’objectif de
déficit de 3 % du PIB fixé par l’UEMOA d'ici 2024. L’analyse de viabilité
de la dette continue d’indiquer l’existence d’un risque modéré de
surendettement, mais aussi d’une marge de manœuvre très limitée pour
absorber les chocs futurs, dans un contexte marqué par la détérioration des
conditions de marché. Ce constat souligne la nécessité pour les autorités
d’accélérer les efforts de mobilisation des recettes intérieures.
Il est essentiel que la Côte d’Ivoire poursuive ses réformes budgétaires
pour se dégager une marge de manœuvre afin de financer ses dépenses
prioritaires et soutenir la croissance inclusive. Si les résultats
budgétaires se sont révélés meilleurs que prévus en 2021, ce qui tient en
partie à des améliorations continues sur le plan des réformes de
l'administration fiscale et du recouvrement des recettes douanières,
notamment grâce à la numérisation, les recettes fiscales restent bien en
deçà de l’objectif de convergence fiscale de l’UEMOA, qui est de 20 % du
PIB. Il est essentiel de poursuivre les efforts en cours pour améliorer
l’administration fiscale et rationaliser les exonérations fiscales, afin de
financer les dépenses publiques en faveur de l’investissement, de la
convergence sociale et de la prestation de services dans les régions mal
desservies. La refonte et la simplification du régime de l’impôt sur le
revenu des personnes physiques permettraient également d’améliorer sa
progressivité.
Le nouveau programme social des autorités peut continuer à renforcer le
capital humain. Bien que le pays ait réalisé des progrès significatifs pour
rendre l’éducation plus accessible au cours des dernières années, des
efforts supplémentaires visant à améliorer la qualité des systèmes
d’éducation de base et de formation professionnelle contribueraient à
réduire l'inadéquation des qualifications acquises par les travailleurs au
regard des besoins du marché du travail. Malgré des progrès notables,
assurer un accès équitable aux soins de santé demeure une priorité.
Il est essentiel que les autorités s'emploient sans relâche à améliorer le
climat des affaires, renforcer les services publics et relever les défis du
changement climatique pour stimuler une croissance inclusive et durable.
Les autorités doivent accélérer le rythme des réformes pour éliminer les
goulots d’étranglement dans les infrastructures, pallier les lacunes du
cadre réglementaire, renforcer le régime foncier et la protection des
droits de propriété, et simplifier les démarches administratives. La mise
en œuvre rapide des réformes du PND 2021–25 serait utile et une forte
participation du secteur privé permettrait de contenir les coûts
budgétaires et de garantir que les efforts soient concentrés dans les
domaines prioritaires. La poursuite des efforts dans la gestion des
affaires publiques et la lutte contre la corruption pourront également
contribuer à attirer les investissements privés. Les autorités se sont
engagées à adopter des politiques appropriées favorisant l'adaptation et
l’atténuation du changement climatique, notamment en matière d’agriculture
durable et de préservation des forêts.
L’amélioration de l’inclusion financière et l’accès aux services financiers
restent prioritaires pour libérer le potentiel du secteur privé. Le secteur
bancaire pourrait mieux soutenir la croissance si les procédures
d’insolvabilité et l’infrastructure du crédit étaient améliorées, et si les
banques publiques sous-capitalisées étaient restructurées rapidement.
Il est prévu que la prochaine consultation au titre de l’article IV avec la
Côte d’Ivoire se déroulera selon le cycle ordinaire de 12 mois.
[1]
Conformément aux dispositions de l’article IV de ses Statuts, le
FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations
bilatérales avec ses pays membres. Une mission des services du FMI
se rend dans le pays, recueille des données économiques et
financières, et s’entretient avec les responsables nationaux de
l’évolution et des politiques économiques du pays. De retour au
siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de
cadre aux délibérations du conseil d’administration.
[2]
Le conseil d’administration arrête ses décisions selon la procédure
dite du défaut d’opposition lorsqu’il convient qu’une proposition
peut être examinée sans réunion formelle.
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Côte d’Ivoire : Principaux indicateurs économiques
(2019–23)
|
|
Population (2020) : 27 millions
|
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|
Coefficient de Gini (2015) : 41,5
|
|
PIB par habitant (2020) : 2 279 dollars
|
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|
Espérance de vie (années) : 58
|
|
Proportion de la population vivant au-dessous du seuil de
pauvreté (2015) : 44,4 %
|
|
|
Taux d’alphabétisation : 47,2 %
|
|
|
2019
|
2020
|
2021
|
2022
|
2023
|
|
|
|
|
Est.
|
Proj.
|
Proj.
|
|
Production
|
|
|
|
|
|
|
Croissance du PIB réel (%)
|
6,2
|
2,0
|
7,0
|
6,0
|
6,7
|
|
Prix
|
|
|
|
|
|
|
Inflation (moyenne annuelle, %)
|
0,8
|
2,4
|
4,2
|
5,5
|
2,3
|
|
Finances de l’administration centrale
|
|
|
|
|
|
|
Recettes (en % du PIB)
|
14,2
|
14,4
|
15,3
|
14,2
|
14,7
|
|
Dépenses (en % du PIB)
|
17,3
|
20,5
|
20,9
|
20,0
|
19,2
|
|
Solde budgétaire (en % du PIB)
|
-2,3
|
-5,6
|
-5,1
|
-5,3
|
-4,0
|
|
Dette publique (en % du PIB)
|
38,4
|
47,6
|
52,1
|
52,9
|
52,3
|
|
Monnaie et crédit
|
|
|
|
|
|
|
Monnaie au sens large (variation en %)
|
11,0
|
21,4
|
17,7
|
10,4
|
…
|
|
Crédit au secteur privé (variation en %)
|
6,1
|
9,2
|
12,6
|
4,5
|
…
|
|
Balance des paiements
|
|
|
|
|
|
|
Compte des transactions courantes (en % du PIB)
|
-2,3
|
-3,2
|
-3,8
|
-4,8
|
-4,6
|
|
Flux entrants nets d'IDE (en % du PIB)
|
1,3
|
1,2
|
1,1
|
1,1
|
1,2
|
|
Réserves UEMOA (en mois d’importations)
|
5,6
|
5,5
|
…
|
…
|
…
|
|
Dette publique extérieure (en % du PIB)
|
25,5
|
30,5
|
31,6
|
31,4
|
30,3
|
|
Taux de change
|
|
|
|
|
|
|
TCER (variation en %, dépréciation –)
|
-3,9
|
5,1
|
1,9
|
…
|
…
|
|
Sources : autorités ivoiriennes ; Banque mondiale ;
estimations des services du FMI.
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