Washington :
Du 28 juin au 22 juillet 2021, une équipe du Fonds monétaire international
(FMI) sous la direction de Koki Harada a tenu des réunions à distance avec
les autorités de Vanuatu sur les consultations de 2021 au titre de
l’article IV. Au terme de la mission, M. Harada a fait la déclaration
suivante :
« La pandémie de COVID-19 et de grandes catastrophes naturelles ont frappé
l’économie de Vanuatu de plein fouet en 2020. Grâce aux mesures décisives
prises par les autorités, Vanuatu n’a pas connu de propagation intérieure
de la COVID-19, mais la fermeture de la frontière a porté un coup dur au
tourisme. Les projets d’infrastructure ont également été retardés. En
outre, le cyclone tropical Harold et une éruption volcanique sur l’île de
Tanna ont causé d’importants dégâts pendant le premier semestre de 2020.
Malgré les mesures prises par les autorités, la diminution des recettes
touristiques a entraîné une forte contraction de l’économie. Les bonnes
recettes des programmes de citoyenneté économique (PCE) et le soutien des
donateurs ont permis d’atténuer l’impact de la pandémie sur les soldes
budgétaires et extérieurs.
« Après la forte contraction de 2020, la croissance du PIB réel devrait
remonter à 1,2 % en 2021. La production agricole et les revenus des envois
de fonds des travailleurs saisonniers viendront soutenir un retour à une
croissance positive en 2021. La croissance sera également soutenue par les
activités de construction, malgré les retards qui repousseront plusieurs
grands projets d’infrastructure jusqu’en 2022. Les secteurs liés au
tourisme devraient se contracter davantage en 2021 à cause de la fermeture
prolongée de la frontière, mais devraient amorcer une reprise progressive à
partir de 2022.
« Les risques pesant sur les perspectives sont considérables et orientés à
la baisse. Une aggravation de la pandémie nécessitant une fermeture
prolongée de la frontière aurait un impact négatif sur l’activité
économique. Les revenus des PCE pourraient chuter brutalement à cause des
inquiétudes croissantes concernant les risques de blanchiment des capitaux
et de financement du terrorisme pour les PCE, étant donné la perte récente
de la principale relation de correspondant bancaire. Une nouvelle
détérioration de la qualité des actifs des banques pourrait nuire à la
solidité du système financier de Vanuatu. Le manque de transparence et
l’absence d’un dispositif de contrôle efficace des entreprises publiques
pourraient exercer un impact négatif sur le climat des affaires et la
gestion budgétaire. Les questions relatives à la lutte contre le
blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, et à la liste
noire de l’UE concernant la transparence fiscale, pourraient accélérer la
réduction des risques pour les entreprises étrangères et entraver les
investissements directs étrangers (IDE). Le risque baissier de nouvelles
catastrophes naturelles est toujours présent.
« Dans un climat d’incertitude accrue, les politiques macroéconomiques et
financières devraient rester accommodantes à court terme pour soutenir la
reprise, tout en constituant des réserves suffisantes pour faire face aux
risques à court et moyen terme. Cependant, les mesures d’adaptation et le
soutien à court terme devraient s’inscrire dans un cadre d’action à moyen
terme qui consoliderait une croissance soutenue et inclusive, tout en
assurant la viabilité des finances publiques et de la dette.
« En matière de politique budgétaire, il faut continuer à soutenir les
finances publiques à court terme. Il est essentiel de veiller à ce que ce
soutien vise bien les plus vulnérables et que la gestion des dépenses et
des investissements publics soit renforcée. La trajectoire budgétaire à
moyen terme reste incertaine et l’espace budgétaire de Vanuatu est limité.
Un soutien à court terme doit s’inscrire dans une stratégie budgétaire
crédible à moyen terme, qui permettra un rééquilibrage budgétaire
progressif une fois la reprise solidement ancrée. Même si ce rééquilibrage
doit rester adapté aux circonstances, il faut mettre en place une stratégie
budgétaire crédible et tournée vers l’avenir. La poursuite du rééquilibrage
budgétaire permettrait aux autorités de réduire la dépendance à l’égard des
recettes des PCE et d’affecter ces recettes à des infrastructures
résilientes. À moyen terme, les besoins de développement de Vanuatu et sa
vulnérabilité aux changements climatiques nécessiteraient une augmentation
des dépenses d’infrastructure.
« En ce qui concerne la politique monétaire, la Banque de réserve de
Vanuatu (RBV) devrait conserver sa politique accommodante actuelle jusqu’à
ce que la reprise soit bien ancrée et continuer à suivre de près et à
réévaluer périodiquement l’orientation de sa politique, surtout en cas de
chocs inattendus.
« La RBV devrait surveiller attentivement le secteur bancaire et continuer
à renforcer les dispositifs de contrôle. Il est important d’établir des
cadres de gestion et de résolution des crises et d’améliorer le
recouvrement des actifs donnés en garantie afin de liquider les prêts
improductifs. La RBV devrait encourager les banques à constituer des
provisions supplémentaires et à restructurer la dette des emprunteurs
solvables, mais temporairement illiquides. La transformation numérique
pourrait faire progresser l’inclusion financière, mais il reste des
difficultés à surmonter.
« En ce qui concerne les aspects macrostructurels et la gouvernance, la
diversification économique et le développement d’infrastructures de qualité
sont essentiels pour assurer une croissance soutenue et inclusive, ainsi
qu’une une résilience aux chocs. La ratification sans problème du PACER
Plus et l’amélioration du cadre réglementaire pourraient promouvoir les
indispensables investissements étrangers. Il est nécessaire de renforcer
encore la résistance aux changements climatiques. Les services du FMI
conseillent de dresser des plans de financement, conformes à une stratégie
budgétaire à moyen terme, pour le plan d’adaptation et les interventions en
cas de catastrophe afin de soutenir le renforcement de la résilience de
manière plus efficace et efficiente. Il est essentiel d’améliorer la
gouvernance, de réduire les possibilités de corruption et de renforcer le
profil de risque de Vanuatu. Il faut mettre en place, de toute urgence, une
gestion et une transparence plus robustes des entreprises publiques, en
particulier pour Air Vanuatu. Les autorités doivent mettre en place des
dispositifs de contrôle pour les entreprises publiques et améliorer leur
transparence aussitôt que possible. Elles doivent renforcer encore
l’encadrement juridique et les capacités institutionnelles en matière de
lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme
(particulièrement la diligence raisonnable pour les PCE), ainsi que la
transparence fiscale, l’autonomie de la banque centrale et la gouvernance.
»