Washington :
Le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a achevé
les consultations au titre de l’article IV
[1]
avec la Guinée.
Malgré une forte croissance globale du PIB de 7,1% en 2020, portée par un
secteur minier dynamique, l’économie non minière, qui emploie la grande
majorité de la population, a été durement éprouvée par la pandémie de
COVID-19. L’inflation a dépassé 10 % à la fin de 2020, puis s’est accélérée
au-dessus de 12 %, en raison de la hausse des prix des denrées alimentaires
et des taux de fret liée aux perturbations de l’approvisionnement dues à la
COVID-19, ainsi que des conséquences des mesures prises pour faire face à
la pandémie. Le déficit des transactions courantes s’est creusé à 13,7 % du
PIB en raison de l’envolée des importations de services de gestion, de fret
et de télécommunications, qui a contrebalancé la forte croissance des
exportations du secteur minier. Les réserves ont continué d’augmenter, en
partie grâce à l’aide des donateurs pendant la pandémie, et ont atteint 1,3
milliard de dollars à la fin de 2020. Le déficit budgétaire a atteint près
de 3 % du PIB, ce qui s’explique par la mise en œuvre du plan de riposte à
la crise visant à accroître les dépenses de santé et à soutenir les ménages
vulnérables et le secteur privé, mais aussi par le fait que la hausse de la
production minière ne s’est pas traduite par une augmentation des recettes
budgétaires. Par conséquent, la dette publique a augmenté à 43,4 % du PIB,
ce qui est également dû au premier décaissement du prêt élevé qui a été
contracté pour le projet de barrage de Souapiti. La politique monétaire a
été accommodante, ce qui, conjugué à des mesures réglementaires souples, a
contribué à maintenir l’offre de crédit à l’économie. La crise a détérioré
des indicateurs sociaux déjà faibles. Outre un pic de cas de COVID-19 en
avril 2021, la Guinée a dû faire face à une autre difficulté sur le plan
sanitaire : une nouvelle flambée d’Ebola apparue en février 2021, mais
heureusement localisée. Les autorités guinéennes et l’Organisation mondiale
de la santé ont déclaré la fin de cette flambée le 19 juin. Les autorités
ont commencé à vacciner la population contre la COVID-19 et l’Ebola en mars
2021.
La croissance réelle devrait rester forte en 2021, à 5,2 %, soutenue par
une expansion robuste et continue du secteur minier, et consolidée par une
reprise progressive de l’économie non minière. L’inflation devrait rester
tout au long de l’année supérieure à l’objectif à un chiffre fixé par la
BCRG. Les perspectives risquent d’être révisées à la baisse, principalement
en raison de la possibilité d’une intensification de la pandémie de
COVID-19. Les chocs sur les prix des produits de base constituent une autre
source majeure de vulnérabilité. Les autres risques externes sont notamment
une réduction de la disponibilité des financements provenant de donateurs
et une montée des tensions géopolitiques. La Guinée est également de plus
en plus vulnérable au changement climatique. Du côté positif, l’activité
minière pourrait se développer plus rapidement que prévu. Une accélération
de la mise en œuvre des activités d’investissement, en particulier pour le
projet relatif au minerai de fer de Simandou, donnerait également une forte
impulsion à la croissance.
Évaluation par le conseil d’administration
[2]
Les administrateurs souscrivent à l’orientation générale de l’évaluation
effectuée par les services du FMI. Ils félicitent les autorités pour la
riposte rapide à la pandémie de COVID-19, qui a porté un coup dur à
l’économie non minière et à la situation sociale. Les administrateurs
saluent la résilience de la croissance guinéenne en 2020 et notent les
perspectives favorables à court terme, sur lesquelles pèsent toutefois des
risques. Ils soulignent que la mise en œuvre du plan de vaccination et le
maintien d’une aide ciblée aux ménages et aux entreprises vulnérables
restent des priorités essentielles. Ils insistent sur la nécessité de
diversifier l’économie et de pérenniser une croissance plus inclusive et
équilibrée.
Les administrateurs encouragent les autorités à continuer de chercher à
créer un espace budgétaire pour financer les investissements dans les
infrastructures, le capital humain et la protection sociale. Ils soulignent
l’urgence d’accroître les recettes intérieures, en particulier dans le
secteur minier. Plus précisément, ils recommandent de s’attaquer aux
risques de transfert de bénéfices liés à une tarification inadéquate des
transferts, d’appliquer pleinement le Code minier aux nouveaux contrats, de
réduire au minimum les exonérations fiscales et d’adopter le Code général
des impôts. Les administrateurs invitent les autorités à améliorer
l’efficience de leurs dépenses et à supprimer les subventions à l’énergie.
Ils les encouragent également à continuer de renforcer la gestion des
finances publiques et de faire preuve de prudence en matière d’emprunt
extérieur, en recourant le plus possible aux financements concessionnels et
aux dons afin de préserver la viabilité de la dette.
Les administrateurs soulignent la nécessité de remédier à la montée de
l’inflation, notamment en accélérant le remboursement des avances de la
banque centrale. Ils encouragent les autorités à limiter le financement du
budget par voie monétaire et à poursuivre la modernisation du cadre de
politique monétaire, en mettant l’accent sur une gestion plus active des
liquidités et une communication plus claire des objectifs monétaires. Ils
soulignent également qu’un assouplissement du taux de change permettrait de
constituer des réserves et d’atténuer les répercussions des chocs. Ils
saluent la politique d’intervention sur le marché des changes fondée sur
des règles transparentes, et sa contribution au rééquilibrage extérieur.
Les administrateurs encouragent les autorités à poursuivre leurs efforts de
diversification, en donnant la priorité aux mesures visant à renforcer le
climat des affaires et le secteur financier, à promouvoir le passage au
numérique et à stimuler le développement du capital humain. Ils saluent les
récentes améliorations en matière de gouvernance et invitent les autorités
à continuer de renforcer le dispositif de lutte contre la corruption,
notamment en adoptant et en mettant rapidement en œuvre la stratégie
nationale correspondante et le régime de déclaration de patrimoine.
Les prochaines consultations au titre de l’article IV avec la Guinée
devraient avoir lieu selon le cycle habituel de 12 mois.
|
Tableau 1. Guinée : principaux indicateurs économiques,
2019-22
|
|
|
2019
|
2020
|
2021
|
2022
|
|
|
Eff.
|
Proj.
|
Proj.
|
Proj.
|
|
|
Variation annuelle en pourcentage, sauf indication
contraire
|
|
Comptes nationaux et prix
|
|
|
|
|
|
PIB à prix constants
|
5.6
|
7.1
|
5.2
|
6.1
|
|
Secteur minier
|
9.4
|
34.6
|
7.7
|
7.1
|
|
Secteur non minier
|
4.9
|
1.3
|
4.5
|
5.8
|
|
Déflateur du PIB
|
9.9
|
10.7
|
11.3
|
9.7
|
|
PIB aux prix du marché
|
16.2
|
18.6
|
17.0
|
16.4
|
|
Prix à la consommation (moyenne)
|
|
|
|
|
|
Moyenne
|
9.5
|
10.6
|
11.6
|
9.9
|
|
Fin de période
|
9.1
|
10.6
|
11.3
|
9.9
|
|
Secteur extérieur
|
|
|
|
|
|
Exportations, f.à.b. (exprimées en dollars)
|
-0.8
|
126.4
|
0.6
|
-9.8
|
|
Importations, f.à.b. (exprimées en dollars)
|
-21.1
|
76.0
|
-4.7
|
-16.4
|
|
Taux de change effectif moyen ( – = dépréciation)
|
|
|
|
|
|
Indice nominal
|
2.4
|
-2.4
|
…
|
…
|
|
Indice réel
|
9.3
|
5.9
|
…
|
…
|
|
Monnaie et crédit
|
|
|
|
|
|
Avoirs extérieurs nets1
|
10.5
|
8.6
|
7.9
|
10.8
|
|
Avoirs intérieurs nets1
|
12.4
|
15.3
|
5.1
|
7.0
|
|
Créances nettes sur l’État1
|
4.0
|
18.3
|
0.6
|
3.2
|
|
Créances nettes sur l’État1, hors recapitalisation
|
4.0
|
17.4
|
-1.1
|
2.4
|
|
Crédit au secteur non public1
|
8.9
|
3.2
|
4.5
|
4.7
|
|
Monnaie centrale
|
16.6
|
19.2
|
12.2
|
13.4
|
|
Monnaie au sens large (M2)
|
22.9
|
23.0
|
13.7
|
17.8
|
|
|
En pourcentage du PIB, sauf indication contraire
|
|
Finances de l'administration centrale
|
|
|
|
|
|
Total des recettes et dons
|
14.4
|
12.8
|
14.9
|
14.7
|
|
Recettes
|
13.9
|
11.8
|
13.2
|
14.1
|
|
Dont : Recettes non minières
|
12.0
|
10.2
|
11.5
|
12.2
|
|
Dons
|
0.5
|
1.0
|
1.7
|
0.5
|
|
Total des dépenses et prêts nets
|
14.9
|
15.7
|
17.1
|
17.6
|
|
Dépenses courantes
|
11.1
|
12.4
|
11.8
|
11.3
|
|
dont : Paiements d’intérêts
|
0.5
|
0.7
|
0.9
|
0.9
|
|
Dépenses en capital et prêts nets
|
3.7
|
3.2
|
5.2
|
6.1
|
|
Solde budgétaire global
|
|
|
|
|
|
Dons compris
|
-0.5
|
-2.9
|
-2.2
|
-2.9
|
|
Dons non compris
|
-1.0
|
-3.9
|
-3.9
|
-3.4
|
|
Solde budgétaire de base
|
0.6
|
-1.4
|
-0.1
|
0.6
|
|
Solde courant
|
|
|
|
|
|
Transferts officiels compris
|
-10.8
|
-13.7
|
-9.3
|
-11.6
|
|
Hors transferts officiels
|
-11.0
|
-14.3
|
-10.0
|
-11.6
|
|
Balance globale des paiements
|
1.9
|
-0.9
|
0.6
|
1.1
|
|
Pour mémoire :
|
|
|
|
|
|
Exportations de biens et de services (en millions de
dollars)
|
4,130.8
|
8,996.0
|
9,012.6
|
8,134.6
|
|
Importations de biens et de services (en millions de
dollars)
|
5,026.9
|
9,938.4
|
8,888.8
|
7,679.6
|
|
Balance globale des paiements (en millions de dollars)
|
257.8
|
-131.0
|
100.7
|
204.8
|
|
Avoirs extérieurs nets de la banque centrale (en millions
de dollars)
|
843.3
|
948.5
|
1,273.9
|
1,645.1
|
|
Réserves disponibles brutes (en mois d’importations)2
|
2.1
|
2.2
|
2.4
|
2.5
|
|
Dette publique extérieure, FMI compris (en % du PIB)
|
19.9
|
25.8
|
28.6
|
30.9
|
|
Dette publique totale, FMI compris (en % du PIB)
|
38.0
|
43.4
|
43.3
|
42.9
|
|
PIB nominal (en milliards de GNF)
|
124,109
|
147,188
|
172,280
|
200,493
|
|
Sources : autorités guinéennes ; estimations et
projections des services du FMI.
|
|
1 En pourcentage du stock de monnaie au sens large en début
de période.
|
|
² En mois d’importations des années suivantes, hors
importations liées à l’or artisanal. Les précédents
rapports des services du FMI présente un ratio de
couverture calculé à partir des importations nettes des
biens d'équipement.
|
[1]
Conformément aux dispositions de l’article IV de ses Statuts, le
FMI procède, habituellement chaque année, à des consultations
bilatérales avec ses pays membres. Une mission des services du FMI
se rend dans le pays, recueille des données économiques et
financières, et s’entretient avec les responsables nationaux de
l’évolution et des politiques économiques du pays. De retour au
siège, les membres de la mission rédigent un rapport qui sert de
cadre aux délibérations du conseil d’administration.
[2]
À l’issue des délibérations, la directrice générale, en qualité de
présidente du conseil d’administration, résume les vues des
administrateurs, et ce résumé est communiqué aux autorités du pays.
On trouvera une explication des termes convenus utilisés
communément dans les résumés des délibérations du conseil
d’administration à l’adresse suivante :
https://www.imf.org/external/french/np/sec/misc/qualifiersf.htm.