Une mission du Fonds monétaire international (FMI) dirigée par M. Said
Bakhache a séjourné à N’Djamena du 18 mars au 1er avril 2019 pour mener les
consultations pour 2019 au titre de l’article IV des Statuts du FMI et
procéder à la quatrième revue du programme du gouvernement appuyé par la
Facilité Elargie de Crédit
[1]
approuvée par le Conseil d'Administration du FMI le 30 juin 2017 (voir
communiqué de presse
n° 17/257
).
Au terme de la mission, M. Bakhache a rendu publique la déclaration
suivante :
« Les autorités tchadiennes et l'équipe du FMI ont réalisé des avancées
significatives dans les discussions en matières des politiques et des
réformes nécessaires pour parvenir à la conclusion de la quatrième revue du
programme appuyé par la FEC. Les discussions se poursuivront à Washington
D.C. en marges des prochaines réunions de printemps du FMI et de la Banque
mondiale.
« Après trois années consécutives de contraction, l'activité économique non
pétrolière s'est stabilisée et les pressions sur la situation budgétaire du
gouvernement se sont apaisées. Néanmoins, la situation sociale, économique
et financière du pays reste fragile. Alors que la production pétrolière a
connu un remarquable rebond en 2018, la croissance du secteur non pétrolier
est estimée à seulement 0,5%. La reprise économique continue d'être freinée
par une importante dette intérieure et des fragilités structurelles
sous-jacentes. Le taux d'inflation moyen a grimpé à 4% en 2018,
essentiellement en raison d'une augmentation de 90% du tarif règlementé de
l'eau potable en mai 2018.
« Les évolutions budgétaires en 2018 ont été marquées par une discipline au
niveau des dépenses, avec la maîtrisé de la masse salariale dans la limite
de l'enveloppe budgétaire. Tandis que les autres dépenses financées sur
ressources intérieures sont restées conformes au programme, les dépenses
sociales ont été inférieures aux prévisions. Les recettes non pétrolières
ont diminué en 2018 par rapport à 2017, en raison d’une faible performance
au cours du second semestre. Les recettes pétrolières ont considérablement
augmenté en 2018, grâce à la hausse de la production et des cours du
pétrole.
« Tous les critères de réalisation quantitatifs à fin décembre 2018 dans le
cadre du programme économique et financier du Tchad ont été respectés.
Cependant, les objectifs indicatifs sur les dépenses sociales et la
régularisation des dépenses avant ordonnancement (DAO) n'ont pas été
atteints. La mise en œuvre des réformes structurelles convenues est en
cours, mais certaines d’entre elles accusent des retards. L'audit des
arriérés intérieurs a connu d’importants retards, tandis que les actions en
vue de la suppression des exonérations ont été partiellement entreprises.
La mission des consultants sur l’audit et la réorganisation des deux
grandes banques publiques devrait être finalisée prochainement.
« La perspective d’une croissance forte est basée sur les hypothèses d’une
augmentation de la production du pétrole et de la poursuite des réformes
pour soutenir la reprise du secteur non pétrolier. Malgré la baisse des
cours du pétrole, l’augmentation de sa production devrait stimuler la
croissance globale du PIB. Toutefois, la reprise dans le secteur non
pétrolier nécessite des progrès significatifs dans l’apurement des arriérés
intérieurs, la résorption des vulnérabilités du secteur bancaire et la
conduite des réformes importantes pour améliorer la gouvernance. Il importe
de continuer à faire preuve de prudence sur le plan budgétaire afin de
consolider la stabilisation durement acquise récemment.
« En 2019, la politique budgétaire devrait entraîner une augmentation des
dépenses, y compris dans les secteurs sociaux, une accélération de
l'apurement des arriérés intérieurs et une augmentation du remboursement de
la dette intérieure. Ces actions devraient contribuer à réduire la pression
sur le secteur bancaire, à soutenir la reprise économique et à améliorer
les conditions sociales. L'effet de la baisse du cours du pétrole devrait
être compensé par des recettes fiscales plus élevées, car le plus important
operateur pétrolier devrait commencer à payer l’impôt sur les sociétés, et
un service de la dette moins élevé envers Glencore, conformément à l'accord
conclu l'année dernière. La mission a convenu avec les autorités qu’au cas
où la mobilisation des recettes pétrolières globales venait à être plus
basse que prévue, une Loi de Finances Rectificative serait adoptée. Les
efforts visant à améliorer la mobilisation des recettes non pétrolières
devraient être renforcés pour combler le manque à gagner de 2018. De plus,
des actions fortes devraient être menées en vue d’assurer une meilleure
gestion de la dépense.
« Les discussions au titre de l'article IV ont été axées sur les politiques
pouvant permettre au pays de faire face aux séquelles de la crise qui a
commencé en 2014 et aux faiblesses structurelles persistantes. Faire face à
ces enjeux permettrait de de créer l'espace budgétaire nécessaire pour le
relèvement du niveau des dépenses publiques et le développement d'un
environnement d’affaires propice à un secteur privé dynamique.
L'amélioration de la gouvernance dans tous les secteurs de l'économie est
un élément essentiel des efforts de réforme. La mission a ainsi partagé les
recommandations suivantes: (i) assurer la résilience budgétaire à travers
une augmentation des recettes non pétrolières et une réduction des
arriérés, tout en augmentant les dépenses sociales, (ii) promouvoir la
croissance durable et inclusive, et (iii) renforcer la capacité du secteur
bancaire à contribuer à la croissance du secteur privé.
« Les réformes doivent viser l’augmentation des recettes non pétrolières
tout en assurant de la transparence dans la planification et la gestion des
recettes pétrolières. Cela permettra de dégager une marge plus importante
qui pourrait permettre une augmentation progressive des dépenses sociales
et d’investissements dans les infrastructures à moyen terme. L'amélioration
de la gestion des finances publiques, notamment la qualité de la dépense
dans ces secteurs, est tout aussi importante pour contribuer à la
réalisation des objectifs de développement durable. La mission a insisté
sur la nécessité de réduire la forte interdépendance entre le secteur
bancaire et le gouvernement.
« La mission a rencontré le Ministre des Finances et du budget, M. Allali
Mahamat Abakar ; d'autres hauts responsables de l’administration et le
Directeur national de la BEAC. La mission du FMI a également rencontré les
députés de l'Assemblée nationale, les représentants de la société civile,
du milieu universitaire, du secteur privé et de la communauté des bailleurs
de fonds. Des exposés analytiques portant sur la croissance du secteur
privé non pétrolier, la gouvernance et la lutte contre la corruption et les
dépenses sociales ont été présentés lors de quatre rencontres.
« La mission tient à remercier les autorités tchadiennes de leur
chaleureuse hospitalité et de l’esprit franc et constructif qui a animé les
échanges »
[1]
La Facilite Elargie de Crédit (FEC) est le principal outil dont
dispose le FMI pour apporter un soutien à moyen terme aux pays
à faible revenu.
Le taux d’intérêt des financements accordés au titre de la FEC est
de 0 %, avec un différé d’amortissement de cinq ans et demi et une
échéance maximale de dix ans.