Le 11 mai 2018, le conseil d’administration du Fonds monétaire
international (FMI) a achevé les consultations au titre de l’article IV
[1]
avec le Liban.
La croissance de l’économie libanaise reste faible, aux environs de
1-1,5 % en 2017 et en 2018 selon les estimations. Les moteurs
traditionnels de la croissance libanaise tournent au ralenti :
l’activité dans l’immobilier et la construction est faible, et un
rebond vigoureux est peu probable à court terme. A politique économique
inchangée, la croissance devrait s’accélérer progressivement pour
s’approcher de 3 % à moyen terme. L’inflation est montée à 5 % en 2017,
car le coût des importations pétrole a augmenté et le dollar américain
s’est affaibli.
Le solde budgétaire global s’est amélioré en 2017, avec un déficit de
7,3 % du PIB, en partie à cause des recettes exceptionnelles tirées de
l’imposition de bénéfices bancaires plus élevés à la suite des
opérations financières de la Banque du Liban en 2016. Le Parlement a
approuvé le budget 2017 en octobre 2017, et le budget 2018 en mars
2018, ces deux budgets étant les premiers approuvés depuis 12 ans. Les
services du FMI prévoient que le déficit budgétaire en 2018 augmentera
par rapport à celui de 2017 et contribuera à une nouvelle hausse de la
dette publique, qui est déjà élevée, à plus de 150 % du PIB à la fin de
l’an dernier.
Les entrées de dépôts, qui financent le double déficit du Liban, ont
ralenti en 2017, principalement à cause de sorties limitées pendant la
crise politique de novembre 2017. La Banque du Liban a relevé les taux
d’intérêt par le biais de ses opérations monétaires et financières,
surtout sur les produits en monnaie locale, afin de soutenir les
entrées de capitaux et de mettre fin à la dollarisation.
Les chances de révision à la hausse de la croissance sont
considérables. Une résolution rapide du conflit en Syrie profiterait au
Liban. Le résultat de la récente conférence CEDRE, où les organisations
internationales et les bailleurs de fonds ont apporté leur soutien au
programme d’investissement du gouvernement libanais, offre l’occasion
d’engager des réformes et des investissements propices à la croissance.
Toutefois, la vulnérabilité reste élevée et des risques de dégradation
subsistent : ils sont liés à l’évolution politique régionale, ainsi
qu’à des événements de de de de de intérieurs qui pourraient influer
sur les flux de dépôts.
Évaluation par le conseil d’administration
[2]
Les administrateurs souscrivent à l’orientation générale de
l’évaluation effectuée par les services du FMI. Ils notent que la
situation économique au Liban reste difficile, avec une dette publique
élevée, un double déficit et un durcissement des conditions
financières. Les répercussions du conflit en Syrie, y compris le nombre
élevé de réfugiés, pèsent sur la croissance et mettent à dure épreuve
les infrastructures et les services publics. Les administrateurs
félicitent les autorités des efforts généreux qu’elles déploient pour
accueillir des réfugiés et conviennent que le Liban doit continuer de
bénéficier d’une aide internationale à cet égard. Ils encouragent les
autorités à utiliser la dynamique politique actuelle et les promesses
financières obtenues lors de la récente conférence sur l’investissement
pour entreprendre des politiques et des réformes ambitieuses afin de
s’attaquer aux déséquilibres internes et externes, d’améliorer la
confiance des investisseurs et de rehausser les perspectives de
croissance.
Les administrateurs soulignent qu’il est essentiel de procéder à un
ajustement budgétaire immédiat et considérable pour améliorer la
viabilité de la dette, ce qui nécessite un engagement politique solide
et soutenu. Ils notent qu’une stratégie budgétaire bien définie, y
compris une combinaison de mesures portant sur les recettes et les
dépenses, à hauteur d’environ 5 points de pourcentage du PIB, est
ambitieuse, mais nécessaire à moyen terme pour stabiliser la dette
publique et l’orienter à la baisse. À cet égard, les administrateurs
recommandent de relever les taux de la TVA, d’éliminer progressivement
les subventions à l’électricité et de modérer les salaires du secteur
public. Les administrateurs soulignent qu’il est nécessaire de
renforcer la gestion de l’investissement public afin d’assurer la bonne
exécution du programme d’investissement des autorités. Ils notent avec
satisfaction que les autorités ont sollicité une évaluation de la
gestion de l’investissement public (PIMA) de la part du FMI, et
encouragent les autorités à s’efforcer promptement de s’attaquer aux
lacunes recensées dans cette évaluation avant d’accroître
l’investissement public.
Les administrateurs saluent le rôle essentiel joué par la Banque du
Liban pour attirer des entrées de dépôts et bien gérer la situation
difficile. Ils soulignent que la Banque du Liban devrait adopter une
perspective à long terme pour élaborer sa politique et en revenir à des
outils de politique monétaire plus conventionnels. Ils encouragent la
Banque du Liban à relever les taux d’intérêt si nécessaire, tout en
prêtant attention à la dynamique de la dette.
Les administrateurs soulignent qu’il est nécessaire de réduire la
vulnérabilité du secteur financier en renforçant les amortisseurs et en
prenant des mesures face à la hausse des risques de crédit. Ils
soulignent aussi qu’il importe de renforcer le dispositif de gestion de
crise et le dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le
financement du terrorisme conformément aux recommandations du PESF
2016, qui reposent sur les normes 2012 plus strictes du GAFI.
Les administrateurs encouragent les autorités à faire avancer les
réformes structurelles nécessaires pour éliminer les obstacles à la
croissance et faciliter le rééquilibrage extérieur. Il s’agit en
particulier de réformer fondamentalement le secteur de l’électricité,
notamment en éliminant progressivement les subventions coûteuses et en
accroissant les capacités de production, tout en réduisant au minimum
l’impact sur les groupes vulnérables. Les administrateurs encouragent
aussi les autorités à redoubler d’efforts pour améliorer la gouvernance
et réduire la corruption, et appellent à continuer d’améliorer le
système statistique.
Il est prévu que la prochaine consultation au titre de l’article IV
avec le Liban se déroulera selon le cycle standard de 12 mois.