Une équipe des services du Fonds monétaire international (FMI) dirigée par
M. Björn Rother a séjourné à Tunis du 30 novembre au 13 décembre pour
achever les consultations de 2017 au titre de l’article IV et mener à bien
la deuxième revue du programme économique de la Tunisie appuyé par un
accord quadriennal au titre du mécanisme élargi de crédit (MEDC) approuvé
en mai 2016
(voir communiqué de presse no. 16/238)
.
Au terme de la visite, M. Rother a fait la déclaration suivante :
« Au terme d’échanges francs et focalisés, l'équipe du FMI et les autorités
tunisiennes sont parvenues à un accord sur les politiques économiques
nécessaires pour achever la deuxième revue du programme de la Tunisie
appuyé par le MEDC. Le principal défi pour les mois à venir sera de
rattraper les retards significatifs accusés dans l’effort d’éliminer les
obstacles à la croissance et dans la maitrise des déficits budgétaires et
extérieurs importants. Tirant profit de l’adoption d’une loi de finance
ambitieuse pour 2018, les autorités tunisiennes ont exprimé leur engagement
à entreprendre des actions décisives avant l'examen de la deuxième revue
par le Conseil d'administration du FMI. L’achèvement de la revue mettrait à
disposition 227,3 millions de DTS (environ 320 millions de dollars), ce qui
porterait le total des décaissements au titre du MEDC à environ 1 milliards
de dollars.
« Deux tendances opposées caractérisent l'économie tunisienne à la fin de
cette année. La croissance s'est raffermie pour atteindre environ 2% en
raison des améliorations significatifs du climat sécuritaire. Les arrivées
de touristes ont connu une hausse de 30%, la production de phosphates a
fortement rebondi et les investissements (étrangers et nationaux) montrent
des signes précoces de reprise. Cependant, d'un autre côté, les
vulnérabilités macroéconomiques se sont accentuées et nécessitent une
action urgente. La dette publique atteindra 70% du PIB d'ici la fin de
l'année, le déficit record du compte courant sera à deux chiffres, et les
réserves internationales de la Banque Centrale de Tunisie ont chuté.
« La reprise économique ouvre la possibilité de prendre des mesures
décisives. Les autorités tunisiennes ont déjà franchi une étape importante
en adoptant une loi de finances audacieuse pour 2018, qui vise à réduire le
déficit budgétaire à moins de 5% du PIB. Pour atteindre cet objectif
budgétaire ambitieux, il faudra mettre en œuvre la stratégie fiscale du
gouvernement et mettre en œuvre la stratégie globale de réforme de la
fonction publique. La réduction des subventions de l'énergie, qui profite
de manière disproportionnée aux ménages aisés, et la poursuite de la
réforme du système de sécurité sociale sont d’importantes étapes sur le
chemin de la stabilisation des déficits et de la dette.
« Les pressions inflationnistes croissantes exigent une réponse forte.
L'inflation a dépassé les 6% en novembre, sous l'effet de hausses
significatives des prix des produits alimentaires. A ce niveau, l'inflation
affecte le revenu disponible et les investissements à long terme. La
poursuite de la stratégie de resserrement de la politique monétaire de la
Banque centrale de Tunisie, y compris en limitant le refinancement des
banques, contribuera à ancrer les anticipations d'inflation et à soutenir
le dinar sur le marché des changes. La flexibilité du taux de change
continuera de contribuer à rendre l’économie tunisienne plus compétitive.
« Pour que l'économie tunisienne réponde aux espoirs du peuple tunisien,
accélérer la mise en œuvre des réformes programmés de longue date est
indispensable. La refonte du cadre réglementaire pour la résolution des
créances accrochées et pour la gouvernance des banques publiques aidera les
petites et moyennes entreprises (PME) à accéder davantage aux financements
bancaires. En rendant l'ensemble du secteur bancaire plus efficace, la
réforme des banques publiques impactera directement l'un des principaux
obstacles à la croissance et à l'emploi en Tunisie. La nomination imminente
des membres du conseil exécutif de l’Instance Constitutionnelle
Indépendante pour la Bonne Gouvernance et la Lutte Contre la Corruption
sera un jalon important dans la lutte du gouvernement contre la corruption.
« Le FMI soutient l'objectif du gouvernement tunisien d'être retiré dès que
possible de la liste des juridictions fiscales non coopératives de l'UE.
Dans ce contexte, le rapprochement progressif entre les régimes fiscaux
onshore et offshore et la modernisation en cours de l'administration
fiscale en vue d'améliorer le respect des obligations fiscales sont des
engagements de réforme soutenus par le programme MEDC. La pleine mise en
place de la direction générale des grandes entreprises récemment créée
aidera à démontrer l'engagement des autorités à améliorer l'équité et la
transparence du système fiscal tunisien. La participation de la Tunisie à
l'initiative du G20 Compact with Africa témoigne également de
l'engagement fort du pays en faveur du commerce international et de la
possibilité de saisir les opportunités offertes par l'investissement
étranger et l'intégration économique.
« L’équipe des services du FMI a rencontré le Chef du Gouvernement, M.
Youssef Chahed, le Ministre des Finances Ridha Chalghoum, le Ministre de
l'Investissement Zied Laâdhari, le Ministre des Réformes Majeures Taoufik
Rajhi et le Gouverneur de la Banque Centrale Chedly Ayari. Elle a également
eu des discussions avec des représentants du secteur privé et de la société
civile; et coordonné étroitement avec la Banque Mondiale et d'autres
partenaires extérieurs de la Tunisie. La mission aimerait remercier les
autorités et tous ceux avec qui ils se sont rencontrés pour leur accueil
chaleureux et les discussions constructives. »